Romans, récits

L’Ivoirienne est le nom d’un fabuleux château, univers excentrique et aventurier de la famille Magnanime. Rémi Quentin y passa en voisin et ami les plus merveilleux moments de son enfance. Mais un jour, il doit interrompre ses visites, brusquement et définitivement. C’est pour lui le début d’un destin tragique et d’une existence recluse qu’il partage des années durant avec les habitués d’un petit bistrot parisien. Sa décision d’en finir avec la fatalité, en initiant une année sabbatique, le remet par hasard sur le chemin des Magnanime qui bouleverseront à nouveau sa vie.
L’Ivoirienne est un roman où s’affrontent les aveux et les non-dits, où se confondent les sentiments contraires, l’innocence et la culpabilité, la tendresse et la dureté, la confiance et la lâcheté. S’affranchir d’un passé écrasant est l’enjeu commun des personnages, chacun pour des raisons divergentes. La névrose du secret emmure les protagonistes dans une gangue qui se fissure tous les jours davantage et volera en éclats.

“Les secrets, c’est probablement ce qui est le plus nuisible à l’humanité, d’une façon générale et aux familles, d’une façon plus particulière.”

Qu’est-ce que tu vas faire après moi ?
Lettre à l’aimée disparue
François-Marie Pons

2019

Éditions L’Harmattan

Interview L’Harmattan (Youtube)

Interview RFI en espagnol

« Qu’est-ce que tu vas faire après moi ? » est le témoignage d’un homme habité par cette question que sa compagne lui pose juste avant de mourir. Le désarroi est si violent que l’urgence pour lui est de partir mais ne pas disparaitre, au contraire. Il prend la route pendant plus d’un an à bord d’un van, à la rencontre de tous leurs amis aux quatre coins de l’hexagone et à l’étranger, jusqu’en Colombie où ils se sont connus.
Il écrit sur un cahier le récit du deuil qu’il est en train de vivre au jour le jour, en direct avec ses émotions et l’impressionnante alchimie qui s’opère autour de l’absence. En retour à la question qu’il perçoit comme un héritage, comme un gage de confiance, il confie ses sentiments vivaces à l’égard de l’aimée, et révèle une face de lui-même qui s’était faite discrète en période de plénitude affective.
C’est une lettre ouverte que l’auteur adresse à celle qui l’a aidé à réimaginer la vie après elle, elle dont la manière d’interroger l’existence était d’y apporter des exclamations.

Leur avis...

Absence et existence s’ entremêlent, se confrontent, s’interrogent, se crient et se concilient sous la plume de François-Marie qui a su mettre les mots sur des sentiments auxquels chacun a pu faire face un jour.
Solène M.

Étrangement, j’ai vécu cela quand F. m’a quitté pour une autre : un coup de massue, l’impression d’être sonnée, vidée.  Quand il n’y a plus de retour possible, plus de regard, plus de caresse, plus d’évidence… C’est la première fois que je lisais des mots aussi près de ce que j’avais ressenti, sans mièvrerie, sans trémolo.  J’en suis encore bouleversée ce matin et comprend ces 10 années d’errance émotionnelle que je viens de vivre.  En fait, j’étais en deuil et je ne le savais pas. »
Michèle C.

Leur avis (suite)

L’écriture tout d’un trait donne des impressions de vagues qui se forment les unes après les autres. On monte sur la vague par un récit qui situe la question… l’émotion est au rendez-vous avec au sommet de la vague une de ces phrases, de ces enchaînements de mots et c’est nous qui ressentons, « le vide de l’absence, c’est l’éblouissement qui persiste sur la rétine après qu’on ait fermé les yeux » On y est.
Puis on redescend dans le récit plus calme jusqu’au creux et ca remonte, nouvel endroit, nouvelle description, et nouveau sommet « désormais le temps nous ne le fabriquerons plus ensemble » – « Ce que je ne peux pas te raconter n’existe pas ». Dans d’autres vagues on se retrouve comme dans un miroir… « Peut-on vivre soi-même ce que nous avons appris à deux ? » En fait on réalise sur le radeau ballotté par la houle, que la question se précise « J’étais, je suis, je serai constitué de nous tant que je vivrai. C’est une réalité organique. »
De retour du voyage en Colombie « Le port d’attache de ce qui fut la traversée de notre vie. » devient « le lieu de partance de ce que je vais faire après » … « Je peux m’imaginer heureux »
Jean-Loup R-L

Une des plus belles lettres d’amour que j’ai lues.
Des mots pour dire l’impossible.
Sublime.

« Ce que je ne peux pas te raconter n’existe pas. »…J’ai été bouleversée de beauté tu sais par la présence de Sylvie, ton sentiment et ton écriture aussi et bravo du fond du cœur.
Émilie P.

Qu’est-ce que tu vas faire après moi ?
Voici un livre très touchant qui parle du deuil… de l’après l’être aimé. Comment continuer à vivre ou à survivre ? Avec douceur et en se laissant guider par ses émotions, le personnage va nous livrer son parcours. C’est un très beau témoignage que je vous recommande et qui n’est pas du tout pathos, bien au contraire.
Blog de Lolo

François-Marie Pons vient de me faire traverser un désert. Je n’arrivais pas à reprendre mes émotions. Mon cœur aussi chaud que le simoun, ce vent chaud et violent du Sahara a fait battre ses pages. Ce roman est une leçon de vie, une thérapie pour ceux qui se posent la question… Qu’est-ce que tu vas faire après moi ?
Marie M.

Merci pour ce partage très touchant (que je repartage) … les moments de la vie sont précieux, beaux et durs à la fois, et ton ouvrage est ton œuvre intérieure racontée avec ton cœur, et avec émotions,
Julie D.

Je crois que « Qu’est-ce que tu vas faire après moi ? » offre sûrement un soutien à ceux qui vivent le deuil ou savent qu’ils vont y être confrontés dans la mesure où la disparition ne crée pas forcément une absence définitive comme vous le dites en fin d’ouvrage « Tu demeures en moi. Je n’ai pas à t’oublier pour vivre après toi. »
Merci pour ce beau témoignage.
Jeremy

Voici un livre aussi délicat que fluide et puissant qui vous fait aimer la vie plus que tout. Je l’ai relu une deuxième fois. Quatre histoires magnifiques :
– une femme de lumière qui transforme sa fin douloureuse en soif de vie douce et têtue, qui va danser le bal des vents meilleurs et aquareller ses derniers soleils entre fleurs et océan
– un homme qui ne peut cicatriser l’absence impensable, absurde, absolue de son aimée et qui plonge en lui et se débat sur une route qu’il voudrait salvatrice et génératrice de désir et d’envie
– un amour tellement fusionnel que l’après toi ne veut rien dire : « tu demeures en moi… nous n’attendions rien d’autre que d’être ensemble… nous savions fabriquer le temps… nous tenions l’éternité, la création… »
– une leçon de vie de tolérance, de courage, de bienveillance et le témoignage que même dans l’adversité la plus profonde, la seule issue est de regarder le beau et de vivre le tendre car « la mort n’est pas intéressante ».
Merci de ce cadeau au monde : un livre de lumière. Chaque fois que je traverserai des difficultés, je relirai ton livre.
Philippe D.

La douleur qui surgit à chaque ligne de ton récit, adressé tant à l’aimée qu’à nous autres lecteurs, la dignité de l’élégance, la tendresse de l’émotion retenue et la richesse de la tenue. La tenue du style et la beauté de cette longue phrase ininterrompue, et à jamais admirable, n’ont d’égales que la haute teneur des mots d’amour épandus dans le champ de la mémoire des amis. Comme Stendhal, je croyais que « les grandes douleurs sont muettes. » Non, elles bruissent de ces belles évocations, de ces petits riens de la vie au quotidien que seule l’absence, l’implacable absence convoque et rappelle à nos souvenirs… 
Najib R.

Sylvie, l’amour de sa vie, une femme d’une grande audace, est aujourd’hui repartie vers les étoiles. François Marie a écrit ces derniers mois, le récit de « l’après », la vie sans elle et un véritable récit de reconstruction face au deuil. Comment continuer ? A quoi se raccrocher ? J’ai son manuscrit entre les mains, c’est d’une poésie…Vraiment ! 
Nathalie L.

François-Marie et Sylvie Pons...

ont choisi de raconter l’épreuve qu’ils sont en train de traverser avec tout le recul et l’émotion indispensables au partage. Pour cela, ils en ont confié la narration au fauteuil roulant qui se révèle un partenaire très précieux.
« Le récit du fauteuil roulant, écrivent-ils dans le prologue du livre, témoigne de ce qui nous est arrivé : une opération neurochirurgicale qui a mal tourné et a provoqué une paralysie des membres et des muscles faciaux, aggravée d’une récidive de cancer qui s’est reportée en métastases sur la colonne vertébrale. Même s’il touche beaucoup de monde, l’accident est toujours exceptionnel pour ceux qui le vivent. Et partager son infortune avec les autres, fait partie intégrante de la thérapie.
Ce n’est pas toujours très simple. Raconter ses malheurs peut vite inciter l’apitoiement, le pire adversaire à la dignité. Alors, on a demandé au fauteuil roulant de prendre ça en main… de témoigner à sa manière de ce qu’il a vécu.
On lui a donné carte blanche et même l’entière possibilité d’exprimer des émotions et des réflexions comme les humains. Il s’est acquitté de sa tâche avec précision et humour. Avec empathie aussi, ce sentiment primordial qui aide à faire circuler l’énergie entre les uns et les autres… Chacun en a besoin pour son mieux-être. »

Le livre...

Le fauteuil roulant appelle sa patiente et son mari « les patrons ».
Cela aurait pu virer au pathos mais ce serait sans compter avec l’incroyable opiniâtreté du tandem singulier que forment « la patronne », petit soldat de tous les possibles, fantaisiste et imprévisible, passionnée d’aquarelles et, lui, le fauteuil roulant, tendre, espiègle et râleur. Une complicité inattendue motivée par la colère… sa colère à elle d’être contrainte de devoir réapprendre à marcher comme une enfant ; sa colère à lui, exceptionnellement doué de pensée et de sentiments, de n’être considéré que comme un vulgaire moyen de transport pour handicapé !

Et puis, il y a le patron aussi, le mari, l’« aidant » qui a parfois du mal à trouver sa place dans ce maelström, qui pousse le fauteuil et fulmine contre les innombrables obstacles dans les rues mais qui tente de positiver faute de mieux. La patronne donne le ton quand elle déclare tout de go que mourir, ça n’est vraiment pas intéressant ! Le récit débute le jour de l’anniversaire de leurs noces d’émeraude, il nous embarque dans l’odyssée à la fois quotidienne et singulière, triviale et surréaliste, émouvante et facétieuse de l’étrange trio aux prises avec l’infortune.

Florian, sa copine et leur petite fille de trois mois, partagent un squat avec une bande de trafiquants. Une nuit, la police fait irruption. La jeune femme file planquer le kif et confie l’enfant à son père. Mais la police arrête la fuyarde. Florian se retrouve seul avec le bébé. Il se résout à trouver refuge chez ses parents qu’il a quittés en très mauvais termes. Les retrouvailles sont violentes et bouleversent leurs relations. La mère entreprend d’apprivoiser ce nouveau couple, son fils et la petite, et de retisser maille par maille la famille déchirée. Le père qui ne veut plus rien entendre des frasques du fils tente de se préserver en se dédiant à sa librairie en compagnie de la fascinante assistante qu’il a recrutée. Mais la carapace qu’il édifie vole en éclats et il se retrouve face à lui-même et aux siens.

Ce récit met en scène la joute perpétuelle que se livrent l’imaginaire et le réel à la manière d’un conte urbain contemporain.

Ballade en région Centre
Ouvrage Collectif

2012

Biographie, Editions Alexandrines
Pierre Halet : dramaturge de la Paix et de l’Humour

Pierre et Madeleine Halet arrivèrent à la maison comme deux oiseaux rares en quête de congénères de leur espèce. Oiseaux rares, mes parents l’étaient à leur manière : mon père, graveur illustrateur, autodidacte et penseur solitaire, ma mère, « fermière au foyer », fille de la vedette très populaire du cinéma muet, René Navarre, créateur de Fantômas à l’écran en 1913, tous deux avaient choisi d’édifier leur nid au fond des bois dans la campagne tourangelle. Je devais avoir une dizaine d’années à peine quand Pierre et Madeleine firent de leur visite amicale un rite dominical quasiment indéfectible, au coin du feu en hiver, à l’ombre des tilleuls en été. Ils partageaient avec mes parents cette sérénité ligérienne faite d’atmosphères tendres et de ciels amples, le goût de la discrétion et de l’authenticité, le plaisir de la discussion et une passion intègre pour la création, la poésie et la défense des grandes causes.
Les correspondances que Pierre entretenait régulièrement avec des personnalités comme Gaston Bachelard ou René Char renforçait son attrait pour les sentiers hors-pistes où s’aventurait l’imaginaire contemporain.
Mon premier souvenir d’eux est associé aux Quatre Saisons de Vivaldi, et comme il n’y avait rien de moderne chez nous, ils apportaient leur Teppaz, un tourne disque joliment conditionné dans une valise de couleur crème dont le haut-parleur occupait le couvercle. Et puis le titre du compositeur italien faisait écho au premier recueil de poèmes que Pierre avait publié, les Quatre saisons de l’arbre [1]. Parfois aussi, nous allions chez eux à Chançay. Leur demeure de plein pied, donnant sur un jardin abondant, aux murs de tuffeau, coiffée d’ardoises, se nichait au creux d’un coteau où lui cultivait ses vignes, quand il n’écrivait pas, tandis qu’elle enseignait le dessin à l’école communale, quand elle ne peignait pas.

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Pierre ironisait avec une fierté toute enfantine : « J’étais comptable [2] et me voilà conteur », il nous prenait à témoin des frasques de ses premiers récits, de ses personnages souvent burlesques, toujours émouvants. Joseph Caillou en annonça les prémisses. Ce qui me frappait et m’enchantait, et imprima une image inaltérable de Pierre Halet en moi, c’était son rire, son rire qui éclatait à la lecture de ses textes tout fraîchement composés, un rire qui fêtait l’insolence salvatrice de ses créatures.

« Si Dieu existe, se hasardait-il, il a deux faces et l’une est celle de l’humour et du rire … ». C’était lui tout entier qu’il révélait de cette façon. La face rire jalonne toutes son œuvre à travers les dimensions les plus oniriques et fantastiques du Cheval Caillou, du Montreur de Galaxie, de Job Cardoso ou de l’Oiseau Vigie, à travers aussi une certaine ironie telle que lui inspirait la technologie grandiloquente des concepteurs de Little Boy ou du programme intergalactique de Cooper.

Quant à l’autre face, plus complexe, plus mystérieuse, plus grave, plus militante aussi, elle s’est sans doute aiguisée dès la guerre, dès l’engagement aux côté des forces alliés de libération, dès la découverte de l’horreur de Dachau, et si Pierre ne nous en parlait pas beaucoup, il ne manquait aucune occasion, aucun récit, aucun projet, d’affirmer obstinément la prépondérance de l’humanisme.

Il l’exprimait de façon souvent tranchée et balayait large ses domaines de prédilections, réfutant sévèrement l’usage du terme « produit » pour désigner une création artistique ou condamnant sans discussion toute forme de dictature. Pierre était un résistant dans le fond de l’âme : les Révoltés de Briach, pièce écrite pendant la guerre, initie un long appel dramaturgique à la paix et à la justice qui se répercute à travers La Provocation, la Butte de Satory, Little Boy, La Double Migration de Job Cardoso, à la poésie aussi, sésame à l’imaginaire social et politique contemporain  … Nelson 14, Les Contes Ecologiques, Le Grand Conciliabule, Voyage en Soie

Mais, au-delà de ce qu’il écrivait, Pierre avait fait de la décentralisation une cause cardinale : c’est avec La Provocation [3], montée en 1963 par Gabriel Monnet, alors directeur de la Comédie de Bourges, qu’il a contribué à implanter le théâtre en région, celle du Centre en l’occurrence.    

Quantité de personnages de ces œuvres, traduites en de nombreuses langues et jouées dans une dizaine de pays, avaient rôdé leurs répliques sur le devant de notre cheminée, l’auteur évoluait dans leur peau, passant de l’un à l’autre, ses éclats de rire alternant avec ses coups de sang, ses mots étaient déjà des images, chacun jouait les deux faces et nous embarquait dans des voyages, au loin, là où bruissent la mer et le sable, de l’autre côté du miroir.

[1] Editions Temps Mêlés, 1956.

[2] Expert Comptable, premier métier que Pierre exerça de 1945 à 1947.

[3] Décors et costumes Alexandre Calder, musique Jean Ferrat.

Fantômas c'était moi

Il arrive parfois d’entendre des cinéastes contemporains confesser qu’ils ressentent une certaine nostalgie à l’égard du cinéma muet, un peu à la manière d’un paradis perdu. Ils se ressourceraient volontiers dans la simplicité absolue de l’image à l’état brut et l’intégrité d’un récit dont le langage, dégagé du verbe, se fait comprendre de tout le monde, au-delà des nationalités, des générations et des cultures.

Michel Hazanavicius qui a tenté brillamment l’expérience avec The Artist, explique que beaucoup de cinéastes du muet vécurent l’arrivée du parlant comme la fin d’une utopie.

L’histoire de René Navarre racontée dans ce livre, à travers ses propres souvenirs qu’il a écrits et les témoignages de son petit-fils, ne dit pas autre chose. D’abord acteur de théâtre jusque dans les années 1910, il troque les planches pour les plateaux de Gaumont. Il se laisse convaincre par Louis Feuillade qui lui dit : « avec les yeux que vous avez, vous devriez faire du cinéma ! », et ne tarde pas à découvrir, avec les comédiens du muet à cette époque, l’incroyable puissance de la récente invention des Frères Lumière, considérée initialement comme une innocente attraction de foire.

Car bien au-delà de ses vertus illusionnistes, le cinéma manifeste ses capacités à raconter des histoires sans paroles, aidé de quelques panneaux écrits. Et il décuple les proportions … un visage à peine lisible sur la scène devient une face immense et percutante à l’écran. Il n’est pas question de pantomime non plus. Dans le cadre fixe de la caméra, la sobriété des gestes, la précision des déplacements, le rythme des mouvements et surtout la mobilité lumineuse du regard donnent à faire peur, à faire rire, à pleurer ou à s’extasier.

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Ici, la prépondérance du comédien est totale. Ni l’environnement des décors, ni les effets spéciaux, ni les renforcements sonores, vocaux ou instrumentaux, ne se substituent à sa partition. Il est le cœur du dispositif. Les acteurs sont des stars, des héros, des demi-dieux parce que le personnage qu’ils incarnent réveille juste l’enfant caché en chacun de soi, prompt à imaginer le monde sans limites et à la portée de tous ! Cet art de la présence, René Navarre le maîtrise parfaitement bien ; il devient une vedette du cinéma muet grâce à la création de rôles mythiques dans des films comme Fantômas, Vidocq, Belphégor ou Méphisto. Il crée son propre langage, universel, internationalement reconnu et – si l’on se réfère à la presse de l’époque et au courrier qu’il reçoit – irrésistible et ravageur !
René Navarre est devenu populaire dans le monde entier, baptisé le « Roi du Cinéma », convaincu que le talent consiste d’abord à être aimé du public, de « son cher public », persuadé aussi que le cinéma, à la grande différence du théâtre, doit bouleverser des salles entières sans avoir à prononcer un seul mot.
Et puis le parlant est arrivé. Les nombreux admirateurs de René Navarre, sans l’oublier vraiment, se laissent embarquer dans la nouveauté avec une jeune génération de comédiens grimpés en haut de l’affiche. La lumière et l’ombre se sont croisées. Il reste l’impérative nécessité de l’image et de l’émotion primitive.

René Navarre devient une vedette très populaire en France et à l’étranger, grâce à sa création à l’écran de Fantômas, en 1913. Le comédien est alors âgé de trente-six ans. Il  débute très jeune sur les planches de théâtre puis entre chez Gaumont en 1910 où il découvre le cinéma avec Louis Feuillade. Réformé en 1915, il fonde sa propre firme et profite de sa renommée pour se lancer dans des projets audacieux.

Un film de propagande, Document Secret, commandité par Aristide Briand, une série de dessins animés conçue avec Benjamin Rabier et Emile Cohl et, surtout, le premier feuilleton hebdomadaire, La Nouvelle Aurore, scénarisé par Gaston Leroux. Ces initiatives sont couronnées de succès, la presse le surnomme le Roi du Cinéma. L’industrie cinématographique française lui ouvre grand les portes : il cofonde la société des Cinéromans, avec Gaston Leroux, Arthur Bernède et Jean Sapène, le tout puissant homme d’affaires de la presse parisienne. La direction lui en est confiée avec celle des tout récents Studios de la Victorine à Nice. La décennie 1920-1930 est prospère pour René Navarre, producteur, réalisateur, interprète qui contribue à la sortie d’une vingtaine de films à huit ou dix épisodes chacun. Les plus célèbres ont pour titre Vidocq, Ferragus, Jean Chouan, Belphégor et l’unique serial français parlant : Méphisto où se lance le jeune premier Jean Gabin. Mais la star du muet ne s’adapte pas au parlant qui ne lui réserve que de petits rôles. René Navarre écrit ses mémoires en 1948. Il décède à l’âge de 91 ans en 1968.